Depuis le début, la culture fait partie intégrante des Jeux olympiques et paralympiques. De 1912 à 1949, la sculpture, l’architecture, la littérature, la musique et la peinture comptaient même parmi les disciplines de la compétition. Aujourd’hui, les Jeux de Paris gardent cet esprit vivace à travers la série officielle d’évènements « l’Olympiade Culturelle », à laquelle s’ajoutent les innombrables programmations officieuses qui ne manquent jamais de faire irruption dans chaque ville hôte. À Paris, les Jeux se déroulent durant les fameuses vacances d’été à rallonge du monde de l’art français. Exceptionnellement, bon nombre de galeries et d’institutions ont choisi de garder leurs portes ouvertes en accueillant des expositions qui lient les notions d’art et de sport. Les interprétations pleines d’imagination de cet ordre du jour sportif vont des collages d’un artiste pour les posters olympiques officiels jusqu’à une sculpture « skatable », un tour d’horizon futuriste de l’ergonomie dans le sport ou une approche interactive des parcs d’attraction.

Clotilde Jiménez
« The Long Run »
Mariane Ibrahim
Jusqu’au 28 septembre

Pour Clotilde Jiménez, le sport est une histoire de famille : son père était bodybuilder et chez le fils, la thématique athlétique est restée un prisme par lequel aborder des sujets plus larges comme la masculinité, le queer ou l’afro-descendance. L’an passé, l’artiste américain a été choisi pour réaliser deux collages pour les affiches officielles des Jeux de Paris. Celles-ci font partie de l’initiative « Affiches artistiques » des JO 2024, qui rassemble les participations de six artistes et font l’objet d’une exposition itinérante qui sillonne actuellement la France pour faire étape dans plus de 500 villes. Quant aux œuvres originales sur papier du jeune artiste, elles sont présentées au sein de sa deuxième exposition personnelle dans l’espace parisien de Mariane Ibrahim. Nageur·euse·s, surfeur·euse·s, cyclistes, gymnastes, escrimeur·euse·s et cavalier·ère·s fendent l’espace en émergeant des papiers collés avec une précision chorégraphique. Il·elle·s cisèlent alors une fable qui dit l’effort collectif plutôt que la compétition individuelle.

« The Art of the Olympics »
Gagosian (rue de Ponthieu et rue de Castiglione) en association avec le Musée Olympique de Lausanne
Jusqu’au 7 septembre

Les Jeux regorgent d’anecdotes. Cette année, par exemple, le tissu de l’inoubliable installation de Christo et Jeanne-Claude L’Arc de Triomphe, Wrapped (1961-2021) a été recyclé pour confectionner des tentes et des structures d’ombrage. Simultanément, Christo figure parmi les artistes de « The Art of the Olympics », une double exposition organisée dans les deux espaces parisiens de Gagosian. La galerie de la rue de Castiglione montre son dessin Running Fence (1974), un croquis pour un projet public temporaire dans le nord de la Californie, qui partage l’espace avec la mise en relation espiègle d’œuvres de neuf autres artistes contemporain·e·s. La géométrie sévère du terrain de football d’Andreas Gursky (Amsterdam, Arena I, 2000) rencontre inopinément une peinture de Takashi Murakami inspirée du jeu d’arcade Space Invaders (Shooting Game: Landscape of My Youth, 2023). Suspendue au plafond, la planche de surf noire de Mark Newson (Black Surfboard, 2017) éveille des histoires loufoques dans son association avec le Bodybuilder (1989-1992) hyperréaliste de Duane Hanson. À 20 minutes à pied, la galerie de la rue de Ponthieu prête ses murs à une sélection d’affiches des JO prêtées par le Musée Olympique de Lausanne, avec notamment des réalisation phares de David Hockney, Robert Rauschenberg et de Rachel Whiteread.

Raphaël Zarka
« Cycloïd Piazza »
Piazza du Centre Pompidou
Jusqu’au 15 septembre

Raphaël Zarka est un artiste, un skateur et un « collectionneur de formes » autoproclamé. En 2005, il initie Riding Modern Art, le projet qui l’a vu émerger sur la scène artistique. L’artiste français a d’abord constitué un ensemble de photographies issues de divers magazines de skateboard où l’on voit des skateur·euse·s faire des tricks sur des sculptures installées dans l’espace public. Puis il a poursuivi ce travail avec ses propres photographies et films. Pendant 20 ans, Raphaël Zarka a continué d’approfondir les mêmes axiomes : la géométrie, la gravité, le modernisme, les sports de glisse et une bonne dose d’adrénaline. Tous ces éléments sont présents dans Cycloïde Piazza (2024), la nouvelle sculpture monumentale réalisée pour le parvis du Centre Pompidou. Elle s’inspire des maquettes qu’utilisait Galilée pour étudier la chute des corps en y lançant des billes, mais aussi d’artistes femmes du constructivisme comme Lyubov Popova, Sophie Taeuber-Arp et Sonia Delaunay. La structure courbe, qui juxtapose des surfaces de couleurs primaires, est accessible à tous·te·s les skateur·euse·s, professionnel·le·s comme amateur·ice·s.

« Gold Rush »
Lafayette Anticipations
Jusqu’au 1er septembre

C’est une expérience ludique, immersive et interactive : bienvenue à la fête foraine ! Lafayette Antipations a fait équipe avec ebb.global, un studio créatif qui met à profit la technologie et l’innovation, et a transformé ses espaces en parc d’attraction éphémère. « Gold Rush », une expérience pour grand·e·s et petit·e·s, s’inspire tout autant des industries culturelles que de la culture des jeux au sens large. La proposition se met au diapason des rêves, des peurs et des espoirs de la jeune génération, et parie sur l’invention de nouveaux sports pour mieux réécrire les règles du jeu. Robots, vaisseaux spatiaux et vélos d’appartement se retrouvent hybridés à des jeux de rôle, des mini-golfs et des quiz sportifs plus ou moins loufoques qui, chacun, définissent leurs propres environnements bricolés et ultra-vitaminés. Le projet, placé sous le commissariat conjoint de l’artiste Neïl Beloufa, de la directrice de Lafayette Anticipations Rebecca Lamarche-Vadel et du cinéaste Clément Postec, est une cocréation menée avec 60 étudiant·e·s issu·e·s des filières professionnelles d’un lycée de la banlieue nord de Paris. Il conclut l’un des chapitres d’une aventure menée sur plusieurs années dans le cadre d’un projet pédagogique toujours en cours.

« MATCH. Design & Sport – une histoire tournée vers le futur »
Musée du Luxembourg
Jusqu’au 11 août

Le sport, ce n’est pas juste des muscles et de la sueur : depuis le banc de touche s’écrit aussi toute une histoire parallèle d’équipements, de prothèses, de règles du jeu et de collecte de données. Pour cette raison, les domaines du design et du sport ont toujours été proches, se nourrissant l’un l’autre au sein d’une quête mutuelle d’excellence. Le designer allemand Konstantin Grcic, curateur en chef et scénographe de l’exposition « MATCH », retrace cette histoire à travers 150 objets, dont le premier soutien-gorge sportif féminin (Jogbra, 1977) et le drapeau officieux de l’équipe olympique des athlètes réfugié·e·s qui a participé aux Jeux de Rio en 2016. Pour l’occasion, le paisible musée se mue en arène grillagée. Là, les objets alternent avec des slogans inscrits sur les murs, qui encouragent les visiteur·euse·s à « Vaincre. Dépasser. Surmonter. » La fable que raconte l’exposition offre de multiples niveaux d’interprétation. Ainsi, elle prend soin de ne pas se complaire dans le rétrofuturisme, tout en veillant à ne pas laisser Prométhée sans surveillance : le jeu n’est pas toujours une excuse.

« La Collection, Rendez-vous avec le sport »
Fondation Louis Vuitton
Jusqu’au 9 septembre

Le deuxième niveau de la Fondation Louis Vuitton présente un accrochage de cinq œuvres issues de sa collection. Ensemble, elles dessinent une célébration onirique de l’impulsion à défier les normes et les lois, qu’elles soient sociétales ou naturelles. Abraham Poincheval donne l’impression de marcher sur les nuages dans l’installation vidéo Walk on Clouds (2019), tandis que l’œuvre de Roman Signer Installation mit Kajaks (2003), un ensemble de canoës rouges suspendu au plafond, condense l’inextinguible pulsion de vitesse qui habite l’humanité. Plus loin, le tableau de Jean-Michel Basquiat Napoleonic Stereotype Circa 44 (1983) raconte l’histoire de la défaite du boxer afro-américain Joe Louis, jusque-là invaincu, contre l'Allemand Max Schmeling lors des Jeux olympiques de 1936, un résultat exploité par le ministre de la Propagande nazie Joseph Goebbels. Dans ce tableau fatidique, une grille semblable à un plateau d’échecs s’étend sur la surface de la toile : les personnages stylisés se font face alors que l’histoire mondiale est sur le point de basculer.

« L’image en Seine »
Jeu de Paume à Paris Plages
Jusqu’au 1er septembre

On ne sait toujours pas s’il sera possible pour le grand public de se baigner (sans risques) dans la Seine, mais une promenade le long des berges du canal Saint-Martin donnera l’occasion de vivre une expérience fluviale par procuration. Le Jeu de Paume, le centre d’art parisien dédié à la photographie, au film et à la vidéo, a organisé une exposition en plein air pour fêter son 20e anniversaire. Vous y trouverez une sélection de photographies sur Paris, ses cours d’eau et ses baigneur·euse·s de 1900 à nos jours, sous l’objectif d’artistes allant de Robert Capa et André Kertész à Luigi Ghirri, Laure Albin Guillot et Martin Parr. Pour ceux·celles qui tiennent à baigner, un espace piscine a été aménagé, comme tous les ans, dans cette partie spécifique du canal. Elle sera ouverte au public tous les dimanches.

Crédits et Légendes

Ingrid Luquet-Gad est critique d’art et doctorante basée à Paris. Elle enseigne la philosophie de l’art à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Légende de l’image du haut : Vue de l’exposition « The Art of the Olympics ». œuvres de gauche à droite : © Zao Wou-Ki/ADAGP, Paris 2024; © Park Seo-Bo; © Pierre Soulages/ADAGP, Paris 2024; © Christo and Jeanne-Claude Foundation; © Estate of Roy Lichtenstein; © Robert Rauschenberg Foundation/ADAGP, Paris, 2024; © 2024 James Rosenquist, Inc./Licensed by Artists Rights Society (ARS), NY/ADAGP, Paris. Photographie par Thomas Lannes.

Publié le 26 juillet 2024.