« Au fond, ce que je recherche, c'est une rencontre psychédélique », me confie Mark Leckey, assis à la table de sa cuisine dans le nord de Londres, une tasse de thé (avec lait, sans sucre) à la main. L'artiste britannique – qui œuvre dans les domaines du film, de la sculpture et de la performance – décrit le plan d'installation de sa prochaine exposition personnelle à Lafayette Anticipations à Paris, qui rassemblera une vingtaine d'œuvres couvrant sa carrière, de la fin des années 1990 à aujourd'hui. Le titre de l'exposition, « As Above So Below » (« Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas »), est emprunté à un ancien aphorisme hermétique, plus tard popularisé par la mystique du 19e siècle, Madame Blavatsky. Dans le contexte du travail de Leckey, cette phrase suggère non seulement une correspondance entre différents plans d'existence (le ciel et la terre, ou le virtuel et le réel), mais aussi que les distinctions hiérarchiques entre culture savante et culture populaire sont en définitive illusoires. L'artiste boit une autre gorgée de thé. « Je déteste l'idée qu'on puisse décortiquer les significations d'une œuvre d'art comme on déchiffrerait des runes. Je veux simplement que vous viviez une expérience au cœur de cette chose. »

Leckey s'est d'abord fait remarquer dans le monde de l'art avec sa vidéo séminale Fiorucci Made Me Hardcore (1999). Destiné à figurer dans son exposition à Lafayette Anticipations, ce film de 15 minutes est composé d'images trouvées, souvent amateures, de jeunes Britanniques de la classe ouvrière, élégamment vêtu·e·s, errant dans les rues et se rassemblant sur les pistes de danse durant les dernières décennies du 20e siècle, tournées dans des lieux allant des clubs Northern Soul des années 1970 aux raves du début des années 1990. Utilisant un logiciel de montage numérique de pointe et ajoutant une bande sonore composite de sa composition, l'artiste a agencé ces séquences analogiques en une histoire vacillante, mélancolique et étrangement obsédante des longues années Thatcher, où la musique dance offrait la promesse d'une évasion vers un plaisir euphorique – ou vers l'oubli. Rétrospectivement, Fiorucci Made Me Hardcore anticipe nombre des préoccupations qui façonnent son œuvre ultérieure : la culture populaire, la classe sociale, les technologies émergentes, la nostalgie et, peut-être surtout, ce que l'on pourrait appeler une aspiration à l'illimité, au transcendant. Leckey a décrit ce film comme « une histoire de fantômes », notamment parce que certains de ses sujets anonymes sont probablement morts aujourd'hui. L'artiste fonctionne ici non pas comme un archéologue, mais comme un médium, tentant d’entrer en contact avec les ombres d'un passé disparu à travers la table ouija de sa table de montage.

Au fil des ans, Leckey a été décrit tour à tour comme un artiste d'artiste, un visionnaire britannique dans la tradition de William Blake, et un chaman du 21e siècle – cette dernière appellation faisant suite à GreenScreenRefrigerator (2010), un projet où il tentait d'incarner la personnalité d'un réfrigérateur intelligent Samsung noir en inhalant son liquide de refroidissement enivrant. « Je cherche toujours l'intimité avec quelque chose », me dit-il, citant sa performance Big Box Statue Action (2003) à la Tate Britain, où il communiait avec la masse d'albâtre de la sculpture de Jacob Epstein, Jacob and the Angel (1940-1941), en la bombardant de musique depuis une imposante pile d'enceintes. Son intention n'était pas de « comprendre l'œuvre d'Epstein d'une manière intellectuelle », mais plutôt « par la gnose ». Il explique qu'il voulait « une rencontre authentique » avec la sculpture, mais ce qui compliquait les choses, c'est que « nous existons dans un monde de représentation, de symboles. Me tenir nu devant elle n'était pas suffisant. Je devais médiatiser l'expérience, et j’ai pu le faire en passant par le système sonore »

L’emploi de moyens parfois obliques pour forger des connexions authentiques, profondément ressenties, voire transformatrices – que ce soit avec des artefacts culturels, des paysages ou des épisodes de sa propre vie – constitue un fil conducteur dans l'art de Leckey. On peut citer comme exemples DAZZLEDARK (2023), un film à forte composante d'images de synthèse mettant en scène une peluche de licorne arc-en-ciel contemplant l'abîme d'une mer sombre et tumultueuse ; ou Under Under In (2019), une vidéo qui revient sur un passage supérieur d'autoroute dans le Wirral, au nord-ouest de l'Angleterre, sous lequel, enfant, il croit avoir vécu une rencontre surnaturelle avec un esprit. L'artiste affirme : « dans tout ce que j'ai créé, je cherchais à atteindre une forme de libération, une sorte de moment extatique [...] L'extase, dans son sens originel, c'est être arraché à soi-même, extirpé du familier et du connaissable d'une manière déconcertante, terrifiante ou, je suppose, impressionnante. C'est ce que semble vivre le monde entier en ce moment. Le monde entier est en quelque sorte en proie à l'extase. »

Comment, alors, naviguer dans notre époque ? « Cela peut sembler très grandiloquent, mais la métaphysique médiévale me semble donner sens à notre présent. Revenir à quelque chose d'antérieur à la pensée rationnelle occidentale, essentiellement, entrer dans un autre domaine qui inclut le transcendant, qui ne l'a pas rationalisé jusqu'à le faire disparaître. Pendant le confinement, j'ai beaucoup regardé la peinture italienne médiévale, là où elle émerge du style byzantin assez rigide. » Pour Leckey, quelque chose de précieux a été perdu lorsque les artistes du Quattrocento ont commencé à se concentrer sur « la perspective linéaire et à disséquer les corps pour comprendre l'anatomie. »

Les recherches de Leckey sur l'art onirique et sacré de la période pré-Renaissance ont nourri un ensemble d'œuvres présentées dans son exposition personnelle « 3 Songs from the Liver » à la galerie Gladstone de New York, en début d'année. L'une d'elles, la vidéo Carry Me into the Wilderness (2022), s'ouvre sur l'image d'une peinture abondamment dorée et éclairée aux chandelles représentant une grotte d'ermite vide, adaptée numériquement d'une œuvre de l'artiste siennois Lorenzo Monaco. Ensuite, nous sont présentées des images de smartphone floues jusqu'à en être illisibles, montrant la première promenade de l'artiste dans son parc local après la levée des restrictions du confinement liées à la COVID-19. « Je ne peux pas le supporter », souffle-t-il dans le micro, complètement submergé, comme s'il n'errait pas dans un terne parc municipal, mais plutôt dans quelque sublime forteresse montagneuse. « Je marche simplement dans la nature sauvage, et je déborde d'émotion... Oh Jésus, oh Dieu... » Leckey me confie qu'il était « entré dans un espace divin, une sorte de réalité sacramentelle. À ce moment-là, je savais que je devais l'enregistrer, et j'ai pensé que cet instinct était artistique. Mais ensuite, je suis devenu méfiant et j'ai commencé à me dire : eh bien, c'est simplement ce que les gens font maintenant, convertir l'expérience en information. »

Cette impulsion contemporaine – qui a rapporté des milliards de dollars aux entreprises de la Silicon Valley, tout en redéfinissant radicalement nos façons de voir et d'être – est à l'origine d'un clip trouvé sur smartphone qui constitue la base de To the Old World (Thank You for the Use of Your Body) (2021), une vidéo également présentée dans l'exposition Gladstone de cette année, et qui apparaîtra à Lafayette Anticipations. Publié sur une chaîne de médias sociaux consacrée au « bantz » (humour potache), le métrage original documente un jeune Britannique courant vers un abribus et plongeant la tête la première à travers sa vitre. To the Old World... rejoue la scène encore et encore, la soumettant à une succession de montages, comme s'il s'agissait à la fois d'incanter un sort et d'annoter un texte sacré. Pour Leckey, cette cascade cartoonesque visant à attirer l'attention pourrait être imaginée comme une tentative de « briser le cadre immanent » – une compréhension strictement séculière et matérialiste de la réalité. En mettant en scène et en diffusant ce clip, le jeune homme a transformé une culture de l'image dans laquelle il n'avait « aucune capacité d'action » en une culture où il a « du potentiel : pour le chaos, pour l'extase, pour invoquer le dieu Pan ou quelque chose comme ça... » Et qu'y a-t-il de l'autre côté du verre ? L'artiste rit. « Je ne sais pas. Peut-être juste le vide. »

Après son exposition parisienne, Leckey souhaite « réaliser un film d'horreur » explorant un principe central de l'iconoclasme chrétien, selon lequel « toute représentation est diabolique [...] J'ai commencé à penser : oui, c'est vrai ; les images possèdent un certain pouvoir démoniaque, qui ne cesse de croître. Plus elles prolifèrent, plus elles semblent démoniaques. » En parcourant son œuvre, il est difficile d'imaginer un projet plus parfait pour l'artiste. Que l'horreur commence.

Légendes et crédits

Mark Leckey est représenté par Galerie Buchholz (Berlin, Cologne, New York), Cabinet (Londres), et Gladstone Gallery (Bruxelles, Los Angeles, New York, Séoul).

« Mark Leckey: As Above So Below » s'ouvre à Lafayette Anticipations, Paris, le 2 avril 2025.

Tom Morton est journaliste et commissaire d'exposition, basé à Rochester, au Royaume-Uni. Il contribue régulièrement à Art Basel Stories, ArtReview et frieze, et est commissaire de l'exposition « A Room Hung With Thoughts: British Painting Now » à la Fondation d’art Green Family, Dallas, Texas (jusqu'au 11 mai 2025).

Traduction française : Art Basel.

Publié le 31 mars 2025.

Légende de l'image d'en-tête : Mark Leckey, The Old Road Leads to the Future II (détail), 2025. Avec l'aimable autorisation de l'artiste.