Yayoi Kusama, PUMPKIN (L), 2014

Présenté par David Zwirner

Née en 1929 à Matsumoto, vit et travaille à Tokyo

241 x 235 x 235 cm

Bronze

Par sa pratique, intensive – qui inclut peinture, performances, installations, sculptures en plein air, littérature, films, mode et projets architecturaux –, Yayoi Kusama instille des éléments biographiques et psychologiques dans son œuvre. Sa relation aux citrouilles remonte à son enfance : des champs entiers de ces courges entouraient le domicile familial. Pour Yayoi Kusama, elles font souvent office d’autoportraits dans lesquels se lit son admiration pour leur présence indéfectible, leur capacité de résistance et leur aspect unique et souvent biscornu. Elle les décrit comme lui étant d’« un grand réconfort », louant leur don de communiquer à la fois joie et humilité. Si, depuis 1946, ses citrouilles ont pris de nombreuses formes, de couleurs et de tailles, elles affichent toujours le motif à pois devenu sa signature.

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Notice rédigée par les élèves de l'École du Louvre

Yayoi Kusama est une artiste japonaise multidisciplinaire née en 1929 à Matsumoto. Saproduction artistique protéiforme et onirique outrepasse les courants de la seconde moitié duXXe siècle qu’elle côtoie, notamment depuis son séjour new-yorkais dans les années 1960,tels que le Minimalisme et le Pop Art. Célèbre depuis sa participation à la biennale de Veniseen 1993, elle continue d'oeuvrer et d’exposer à l’international, encore aujourd’hui. A traversdes oeuvres fourmillantes de pois et de couleurs, elle s’émancipe des mouvances pour nedépendre que de sa propre imagination. L’artiste articule motifs et formes, matérialisation deses angoisses qu’elle transcende par son Art. Pumpkin (L) de 2014 s’inscrit dans une sérieautour de la citrouille, renouvelée par l’usage inédit du bronze dans un format monumental.

En effet, l'usage de ce matériau aussi traditionnel que durable procure à la sculpture unestabilité visuelle et symbolique importante. Par la superposition d’une enveloppe de bronzedorée sur un noyau noir, s’inversant au niveau du chapeau, les jeux de lumières confèrent unetridimensionnalité aux pois désormais en relief. Ce motif trouve son origine dans leshallucinations de Kusama, moments angoissants où l’artiste perçoit des tâches de couleur quienvahissent son champ de vision. La répétition de formes devient un motif uniforme dans sesoeuvres, elle parvient à transformer cette angoisse en une source d'apaisement. Les pois sontcathartiques de ses troubles et la citrouille en devient la gardienne. Cette forme récurrente dansson oeuvre fait écho à l’enfance de Kusama qui voyait, de sa fenêtre, les plans de courges de lapépinière familiale. Elle décrit la citrouille comme chaleureuse, réconfortante, et commence àla représenter dès 1946. Culturellement, ce légume possède une signification mythologiqueprenant racine en Asie, notamment en Chine où elle est associée à la guérison. La citrouille estpour elle un repère dans sa quête de stabilité mentale intrinsèquement liée à sa production,qu’elle qualifie de “psychosomatique”. À travers ses sculptures, Kusama développe égalementdes réflexions sur l’individualisme. Elle conçoit l’Homme comme le pois : individuellementinsignifiant mais capable de créer un motif une fois réuni avec ses pairs. Tel un pois, elle sefond dans la masse grâce à ses oeuvres.

Cette oeuvre monumentale donne à voir une synthèse des préoccupations de l’artiste. YayoiKusama cherche délibérément à renouveler son propos artistique par l’audace du bronze quisublime et fige dans le temps ce légume emblématique.

Lucie Bigarré
Charlotte Cauchy-Clerc
Cassandre Hemesath

Jean Prouvé, Maison démontable 6x9, 1944

Présenté par Galerie Patrick Seguin

Né en 1901 à Paris, décédé en 1984 à Nancy

Acier, bois et verre

Au cours de sa carrière, le prolifique Jean Prouvé a abordé de nombreux domaines, dont le travail du métal, l’ingénierie, l’architecture, et le design, notamment de luminaires et de meubles. Dans tous, il s’attachait à allier sens pratique et élégance. Répondant au besoin urgent de logements temporaires en France après la Seconde Guerre mondiale, la Maison démontable 6x9 a été conçue pour fournir un toit aux populations déplacées. Cette maison de 54 m2 était constituée d’un cadre en acier et de panneaux de bois préfabriqués, ce qui permettait un assemblage et un désassemblage rapides. Exposée pour la première fois dans le cadre du programme public d’Art Basel Paris, cette installation comprend un bow-window et une terrasse en bois reliant les espaces intérieurs et extérieurs, ainsi que des meubles et des lampes dessinés par Prouvé.

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Notice rédigée par les élèves de l'École du Louvre

Originaire de Nancy, Jean Prouvé (1901-1984) est un designer et architecte français. Jean Prouvé développe une vision « constructive » du design et de l’architecture, selon laquelle il s’attache à allier confort, esthétique épurée et fonctionnalité. À ses yeux, l’architecte se doit d’être au contact de l’industrie. Jean Prouvé participe à l’édification de plusieurs bâtiments, tels que l’aéroclub de Buc (1935) ou la Maison du Peuple à Clichy (1935). Déjà sollicité pendant la Seconde Guerre mondiale, Jean Prouvé répond en 1944 à une commande du Ministère de la Reconstruction, visant à loger provisoirement les sinistrés de Lorraine et de Franche-Comté. La commande initiale comprenait cent soixante maisons de 36 m². La surface a été cependant augmenté, passant de 36m2 à 54m2, afin de répondre aux besoins des familles nombreuses. 

Jean Prouvé imagine et conçoit une maison pouvant être assemblée en deux jours et par seulement une équipe de trois personnes. Les maisons sont confectionnées en pièces détachées dans les ateliers de Jean Prouvé. La structure est réalisée en acier, les murs et le plancher sont en bois de sapin et la toiture est en bitume ou tôle pliée. La construction de la maison débute par l’installation du plancher, les portiques et les éléments de maintien des murs, puis il faut intégrer les parois en bois de sapin qui constituent les murs extérieurs avant d’ajouter la toiture. La rapidité de l’assemblage s’explique, entre autres, par la présence de portiques axiaux qui soutiennent toutes les charges de l’architecture. L’intérieur est entièrement modulable grâce aux cloisons mobiles, permettant aux familles d’aménager l’espace selon leurs besoins. La maison bénéficie de tout le confort moderne: cuisine, salle de bain, toilettes, et est raccordée à l’eau courante. 

Pour mener à bien la construction des maisons, les ateliers Jean Prouvé bénéficient de bons délivrés par les services de l’État pour l’obtention du bois et de l’acier. Toutefois, pour économiser, Prouvé conçoit un système ingénieux et léger. Il utilise la presse-plieuse, qui permet de plier la tôle et de créer des éléments creux nécessitant ainsi moins de matière première. Jean Prouvé produit cent soixante maisons entre 1944 et 1946, offrant ainsi provisoirement un toit à de nombreuses familles dans ce contexte d’urgence. Malgré leurs succès, le Ministère, pour des raisons de financement et de modernisation des techniques, ne renouvelle pas cette commande, et se tourne vers d’autre projets.

Alix MICHEL
Marion GIREL

 

John Chamberlain, BALMYWISECRACK, 2010

Présenté par Mnuchin Gallery

Né en 1927 à Rochester, décédé en 2011 à New York

373.38 x 558.8 x 454.66 cm

Aluminum, plomb, polytheruréthène et acier inoxydable

Principalement connu pour ses sculptures abstraites composées de compressions de pièces détachées de voitures trouvées à la casse, l’artiste américain John Chamberlain commence à travailler la feuille d’aluminium dans les années 1980. Il tort, plie, noue ces feuilles pour créer des formes singulières tenant dans sa main. Ces petites sculptures abstraites qui constituent la série “Foils” semblent figer des instants d’action spontanée, un peu comme des danseur∙euse∙s saisi∙e∙s en plein mouvement. Des années plus tard, ces maquettes furent transposées en grand format et en aluminium industriel, sans rien perdre de la texture froissée des pièces originales. Souvent peintes de couleurs vives : rose, vert, cuivré, argent, ces œuvres monumentales offrent un contraste saisissant entre leur apparence délicate et leur poids conséquent. Également poète, John Chamberlain avait coutume de donner des titres évocateurs à ses sculptures, celle-ci ne fait pas exception.

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Notice rédigée par les élèves de l'École du Louvre

Né dans l'Indiana, John Chamberlain (1927-2011) a servi dans la marine avant de poursuivre des études à l'Art Institute of Chicago, où il s'est rapproché du mouvement Pop Art aux côtés d'artistes comme Andy Warhol. Sculpteur américain de renom, il a marqué l'art contemporain par ses œuvres monumentales et abstraites réalisées à partir de fragments d'automobiles.

BALMYWISECRACK [douce plaisanterie] est une sculpture monumentale (373,38 x 558,8 x 454,66 cm) composée de feuilles d’aluminium industriel apposées sur une structure en plomb, polyuréthane et acier inoxydable, puis peintes en vert vif. Les morceaux de métal torsadés s’assemblent en un arc soutenu par trois pieds d’où émergent de grandes feuilles, révélant la maîtrise technique de l’artiste. En effet, Chamberlain réussit à insuffler légèreté et dynamisme à des matériaux lourds.

Cette œuvre s’inscrit dans un processus créatif débuté dans les années 1980 avec la série Foils, où Chamberlain réalise de petites sculptures en aluminium, sans maquettes ni plans précis, laissant le matériau guider ces choix structurels. Préférant une approche intuitive, il assemble des formes métalliques qu’il découpe, plie, tord ou écrase, technique qu’il qualifie de « collage en trois dimensions ». En 2007, l’artiste entreprend d’agrandir ces œuvres en grand format, tout en conservant leur spontanéité, et BALMYWISECRACK fait partie de ces agrandissements. 

Ces sculptures illustrent sa quête de « l'ajustement » des formes et des matières, c’est-à-dire une recherche d’harmonie visuelle. Dans BALMYWISECRACK, les couleurs vives et les formes audacieuses s’associent pour un effet de désordre maîtrisé, où chaque ajout de matière dépend de la forme et de la texture des parties déjà créées. 

En réemployant des matériaux industriels comme l’aluminium, Chamberlain les élève du statut de « déchet » à celui d’art monumental. Les titres souvent ironiques ou ludiques, ajoutent une légèreté inattendue, et invite le spectateur à voir de la poésie et de l’humour dans des matériaux bruts. 

Comptant parmi les dernières œuvres réalisées par Chamberlain, BALMYWISECRACK réunit ainsi l'humour, le goût pour les matériaux industriels et une grande maîtrise technique, principes qui ont marqué l’ensemble de la carrière de l’artiste.

Elise Bourgeon
Dorine Leparoux